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LIMINAIRE
Séance 192



Proposition d’écriture :

Tenter de capter ce qui fuit, ce qui a été, ce qui est là, l’absence comme la présence, souvent mêlées, tentative d’opérer une coupe profonde, quasi géologique, à la manière d’une carotte dans la glace, dans l’épaisseur d’un jour d’été, d’un instant, dans la forme d’un nuage. Espace de mémoire, de création, de lectures, de souvenirs de lecture, de musique, mais aussi réflexion sur le nombre et les nuages.

Été, Bernard Chambaz, Flammarion, 2005.

Présentation du texte :

Bernard Chambaz n’avait pas publié de poèmes depuis la parution d’Échoir en 1999, s’étant alors lancé dans un projet qu’il qualifie lui-même de démesuré : l’écriture d’un recueil « au long cours » - ou plutôt d’un immense poème, composé de 1 001 fragments, à raison d’une centaine par an. Résultat de cinq années d’écriture insistante (et exaltée), Été réunit la première moitié de cet ouvrage, ses 500 premières « séquences », réparties en cinq chants. Disons-le sans détour : Été est LE grand livre de Bernard Chambaz, l’aboutissement (provisoire) de son projet poétique, entamé voilà bientôt trente ans. Rebrassant tous les thèmes qui lui sont chers - les voyages, la tribu familiale, la lumière et le drame, l’amitié des livres et des hommes mêlés - ces pages, qui font alterner fragments en vers, sonnets cachés, courts paragraphes de prose, se déroulent dans une clarté souveraine, « danse de l’intellect parmi les mots ».

Extrait :

« (séquence 145)

Feu sur tous ceux qui récusent les nuages et refusent d’entendre que nous avons besoin de sucre et miracles.

(séquence 146)

En fait, nuage nous renvoie au temps qui passe ou ne passe pas ou plus, chacun le sait bien. Images mobiles d’un temps présent perpétué en futur, c’est ce que laisserait présager l’étude des ciels anglais du XIXe siècle. Ou plutôt : images en général mobiles d’un temps réversible, c’est ce que je retiens d’un demi-siècle de pratique et de l’extrême-ouest anglais."

(séquence 147)

Nue

Invitation

A recommencer

C’est ce qui est heureux

Les mêmes gestes les mêmes mots la même émotion

Le vieux fonds usité par tous les amants

Depuis Néandertal depuis qu’on n’est

Pas que des bêtes

Parce qu’on se demande à quoi servent les étoiles

A part éclairer la nuit

Zeste de pensée concentrée dans les doigts les lèvres

Abricot acajou bijou noix de coco

Alexandrin avec hémistiche et foison

Ce qui s’écoule

Toi allongée sous le ciel

Nuage filaments coton coton ça c’est bien vu

Césure colmatée

Tant bien que mal

Avant d’entrer pour de bon dans la nuit »

Été, Bernard Chambaz, Flammarion, 2005, p. 86.

Présentation de l’auteur :

Né en 1949, Bernard Chambaz a signé de nombreux ouvrages, poésies, récits, chroniques, ainsi que plusieurs romans aux Éditions du Seuil. Il a publié en 2004 une histoire illustrée du quotidien L’Humanité. Il est l’auteur de Entre-temps (1997) et Échoir (1999) dans la collection Poésie/Flammarion.

Liens :

Présentation de Bernard Chambaz sur Poezibao

Extrait d’Eté de Bernard Chambaz sur Poezibao

Fiche de lecture d’Eté de Bernard Chambaz sur Poezibao

Des nuages, de l’Antiquité à nos jours, un texte de Bernard Chambaz

Bernard Chambaz : Eté
Publié le 6 juillet 2007
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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