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LIMINAIRE


Suite et fin des ateliers que je mène à Poitiers
avec les étudiants de SciencesPo et ceux de la Faculté de Lettres. Nous avons travaillé lors de cette quatrième et dernière séance, le jeudi 3 décembre, à partir des œuvres de deux auteurs contemporains : autour de l’ouvrage de Julien Prévieux, Lettres de non-motivation, Editions Zones / La découverte, 2007 et ceux de Michel Butor, Anthologie nomade, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 2004.

Siège de SciencesPo à PoitiersPremier exercice :

Fabriquer un recueil d’authentiques lettres de non motivation que l’on a envoyées en réponse à de véritables offres d’emploi trouvées dans la presse. Répondre à toutes les offres d’emploi pour les refuser parce qu’elles ne nous intéressent pas.

Voici un des textes écrit par une élève :


Monsieur le directeur,

Il est de toute première nécessité que je vous informe que je n’ai pas étudié la pharmacie. Si, par contre, mon anglais est courant, je n’ai guère appris à m’en servir qu’en des situations agréables. Je veux dire, à la suite d’une rencontre plaisante avec des individus normaux, et, par conséquent, rarement en compagnie de pharmaciens de production.
Les pharmaciens de production, ces gens là, monsieur le directeur, me dégoutent. Non seulement ils contrôlent des procédures BPF et cGMP mais en plus ils ont une expérience dans la production de forme sèche. Ces gens qui – horreur ! – entretiennent des rapports étroits (libidineux, dirais-je même) avec le département Assurance Qualité et qui – damnation ! – encadrent sournoisement les équipes de fabrication et de maintenance, ces gens-là, monsieur, je ne les fréquente pas. A fortiori, je ne leur parle pas anglais. J’ai beau être dynamique, autonome, bon communiquant, il y a des limites. Il a des choses, monsieur le directeur, que l’on ne peut pas tolérer. Moi, en tous cas, je me refuse et toujours me refuserais à contrôler des dossiers de lots de production, quel que soit les lots concernés, à part, peut être, bien sur, les adorables lot-lots de la secrétaire du département Assurance Qualité qui, il faut l’avouer, est charmante et a des formes, non pas sèches, mais au contraire, tout à fait généreuses.
Je ne participerai donc pas aux opérations de production mais, suis ouvert, malgré tout, à toute proposition d’opération de reproduction et suis même curieux si il s’agit, par exemple, d’effectuer les divers prélèvements de vêtements nécessaires sur la petite secrétaire du département d’Assurance Qualité. Alors, et à ce moment seulement, je pourrais déployer tout mon dynamisme, toute mon autonomie, ma bonne communication et peut-être même, pourquoi pas, en anglais.

En vous remerciant de votre aimable attention, je vous pris d’agréer, monsieur le directeur, l’expression de mes salutations distinguées.

Deuxième exercice :

  • Décrire un lieu à la manière d’une recette de cuisine.
  • Raconter un voyage qu’on n’a pas encore fait au futur antérieur.
  • Les nuages dans le ciel forment d’étranges et fugitifs tableaux, tenter d’en dresser l’inventaire.


Université de Lettres de PoitiersVoici trois textes écrits par trois élèves :

Prenez des indiens et mélangez les avec de la farine jusqu’à obtenir une pâte métisse. Rajoutez trois gouttes d’eau bénie pour mieux travailler la pâte. Laissez reposer au soleil tropical sur une moule divisé en trois parties. Prenez des forêts tropicales, des lamas, des bananes et décorez le gâteau avec. Laissez cuire au four une vingtaine de minutes et laissez refroidir. C’est un dessert très coloré qui tombe bien après un délicieux Yapingacho ou Fritada.

Dès que tu auras posé le pied sur ce sol, tu auras quitté la médiocrité dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Il aura pourtant essayé de t’en empêcher, mais cela fait longtemps que tu n’es plus là. Là-bas sont tes racines, j’aurai aimé t’y emmener plus tôt. Tu aurai adoré, dès ton plus jeune âge, prolonger ce temps passé sur le sable chaud pour ne rejoindre le village que plus tard dans la soirée. J’aurai voulu te présenter ta grand-mère qui se cache là-bas depuis qu’elle m’a abandonné. Tu aurai découvert la pluralité des paysages. De la mer tu gagnes la montagne sans même avoir eu le temps de cligner une seule fois les paupières. Nous aurions souhaité, ton père et moi, te faire gouter l’huile d’olive que l’on y produit. Ces olives sur lesquelles le soleil se reflète toujours plus. Tu aurai sans doute admiré, avec la plus grande candeur, ces vallées vertes qui, toutes plongent vers un lit d’eau froide où il fait si bon s’abandonner.
J’aurai fini par te dire que l’un des nombreux villages qui se nichent sur les montagnes abrite la famille que tu n’as pas connu. J’aurai fini par te soupirer quelques mots du dialecte local. Tu aurai franchi le seuil de ce village pour y découvrir un bar à citrons, un restaurant dont la charcuterie n’a pas d’égale.
Sur le perron de sa modeste demeure, tu aurai aperçu son chat et son éternel olivier qu’elle a tant chéri, plus que sa propre fille. Tu aurai découvert une pièce sombre percée d’une unique fenêtre, là ou la télé marche en permanence, couvrant les pas des touristes. J’aurai rêvé t’emmener là-bas, mais tu partiras, sans moi, sur les traces de ton passé. Et j’aurai poussé mon dernier soupir.

Les nuages se prêtent à toutes les interprétations de l’esprit , tantôt une vache à laquelle il ne manque plus que le son pour nous faire entendre son meuglement, tantôt un avion qui prend son envol, silencieux.
Objets du cœur, telle une projection de son âme, le ciel et ses nuages sont une vaste toile, un cinéma, un théâtre en perpétuel représentation. La bicyclette de notre enfance, lâchement abandonnée à la déchèterie du quartier peut s’y retrouver comme tant d’autres objets que l’on affectionne. On se remémore alors, les nombreuses chutes et les pansements mercurochrome, exhibant fièrement plus que les cachant nos blessures de « guerre » sujettes à des récits imaginaires et dont nous étions les héros.
Enfin, défile une tablette de chocolat ou non ! Une pâtisserie, symbole de notre plus honteux défaut la gourmandise comme pour nous montrer que la faiblesse n’est jamais loin
Le nuage qu’il soit de tous temps, c’est avant tout un reflet de nous même et le monde propice à nos rêveries.

L’ensemble des textes écrits lors de ces ateliers est mis en ligne progressivement sur le site lancé par François Bon : Ouvrez.
Ateliers d’écriture à Poitiers : Julien Prévieux et Michel Butor
Publié le 14 décembre 2009
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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