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Séance #2 : Marguerite de Navarre, destruction, reconstruction et métamorphoses

 

Invité à mener en 2009 et 2010 une série d’ateliers de création au collège Marguerite de Navarre à Pau, un atelier de création numérique mêlant textes/sons/images sur un lieu important dans la mémoire paloise : le Bâtiment B. et ses métamorphoses, partie ancienne vouée à la destruction du collège Marguerite de Navarre.

 

En effet, il est question, depuis quelques années, de démolir le « vieux » bâtiment du collège Marguerite-de-Navarre à Pau. La question est désormais d’actualité, comme le rappelle La République des Pyrénées dans son article du 29 mars, puisque la destruction du bâtiment B. et la métamorphose du collège sont prévues pour octobre 2011.

 

J’ai animé en décembre 2009, deux ateliers d’écriture avec les élèves de 4°8 sur Page 48, et je suis revenu en mars 2010 pour animer deux nouveaux ateliers d’écriture.

 

Cours du Collège Marguerite de Navarre à Pau

 

 

 

               

Premier atelier :

 

Une sélection de quelques phrases-images proposées par les élèves de 4°8 à partir de deux diaporamas d’images du collège et de Pau :

 

La vieillesse pensive tournée vers l’horizon.

Salle des casiers : Cette scène où joueront nos correspondants allemands, cette salle où nous posions nos sacs il y a bien longtemps, salle bientôt détruite avec le bâtiment.

Couloir en voie de disparition.

Table de ping-pong rongée par le temps.

Cette fontaine, près du château, entourée par des paysages magnifiques, et d’une beauté presque magique.

Fissures et lézardes qui « ornent » les murs de notre vielle salle de français, elle a dû en voir passer, des élèves.

Une rue élancée, remplie de beauté, remplie de secrets.

Ombre passant devant la fenêtre, silencieusement.

Ce casier bleu, d’un de ses 6°, verrouillé dont on ne sait ce qu’il possède.

Bâtiment B, couloir rouge clair, éclairé par deux fenêtres mais sans vie.

Derrière ce petit cadenas à la bouche colorée de rouge, les casiers sales, sans couleur, à l’abandon ; en effet, dans ce collège les élèves sont la seule touche de gaieté.

Le mur dans l’arrière cour : Face à ces pierres polies par le temps sur le mur délabré de l’arrière cour, chacun pense encore à sa petite enfance et pose aujourd’hui sa grande main sur celle, petite et colorée, dessinée sur ce mur.

Regard sur le pic, neige et souvenirs…

Vestiaire : Lieu où les sixièmes s’aspergent de déodorant en pensant que ça aère la pièce.

La cour vide, calme, sans vie. Plutôt rare. D’habitude, c’est plutôt l’euphorie, la joie, les rires. Surtout le mien !

Promenade dans les jardins, nuit sur le château, solitude à deux derrière les barreaux, prison noire…

Ces montagnes enneigées qui surplombent et surveillent la vie désespérée des hommes à qui elles voudraient redonner espoir.

 

Deuxième atelier :

 

Le deuxième atelier d’écriture prenait appui sur un texte de Michel Valprémy, Albumville, paru en 2002, aux Éditions de l’Agneau qui est un de ceux que j’utilise le plus souvent, récemment avec les participants à l’atelier d’écriture sur la ville ou précédemment avec les étudiants des Beaux-Arts de Valence :

Autour d’un mot choisi dans le vocabulaire du collège (cours, estrade, professeur, carnet de correspondance, sirène, escaliers, couloirs), retrouver l’école telle qu’on la voit quand on est enfant. J’ai un peu détourné l’exercice tel que je l’utilise d’habitude pour qu’il fonctionne avec des élèves de cet âge. Par exemple, je leur ai demandé de donner avant de commencer leur texte avec un mot du vocabulaire urbain, de m’en donner une définition, ce qui a parfois produit de savoureuse définition.

 

Quelques textes des élèves :

 

Estrade :

 

Promontoire orgueilleux où les professeurs manquant d’autorité se placent.

 

Je regarde d’un air rêveur Jules qui fait crisser les feutres du tableau blanc. Il a brillamment réussi son exercice de sciences physique et se dirige vers le bord de la marche traîtresse qu’il rate par inadvertance ; il tombe.

 

Bancs :

 

Endroits souvent peints en vert, où l’on s’assoit pendant nos longues journées pour discuter entre amis de choses plus ou moins intéressantes.

 

Nous nous sommes assises là ce jour-là entre filles. Sous le soleil de novembre, j’ai appris qu’une de mes meilleures amies l’avait conquis, oui, le garçon qu’elle aimait. C’était un jour passionné, tout le monde chantait, riait. Un monde parfait où le bonheur régnait.

 

Le jour de notre rencontre, elle était seule, assise, attendant que quelqu’un vienne la voir, lui sourire et sans doute mieux, lui parle. Nous étions en novembre, trois mois avaient passé depuis la rentrée, trois mois où elle avait attendu un ami. Le jour où je me suis assise à côté d’elle, quand je lui ai dit bonjour son visage s’est éclairé, ses yeux pétillaient, elle dut même cligner des yeux deux, trois fois pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Depuis ce fameux jour, nous passons nos journées ensemble, assises à cet endroit de la cour, à rire pour un oui, pour un non, c’est bien simple, nous sommes meilleures amies.

 

Le carnet de correspondance :

 

Petit cahier qui est la clef pour sortir de la prison qu’est le collège.

 

Cette voix monotone, la voix du professeur, je ne la supporte plus, elle m’exaspère. Il baragouine tout seul dans je ne sais quel langage. Cela ne me retient pas… Mon esprit s’évade, mon regard s’envole par la fenêtre. J’aperçois les fleurs qui poussent en cette saison printanière, du muguet, des primevères, des tulipes… Ça y est, je rêve d’un pays fantastique où tout le monde serait libre et où l’école n’existerait pas. Malheureusement, la sonnerie stridente me tire de ma rêverie. On change de salle, de voix, de professeur, de fenêtre, de vue. Je vais pouvoir rêver d’autre chose.

 

Estrade :

 

Une grande planche en bois en surélevée, où chaque élève redoute de monter pour réciter une leçon ou corriger un exercice.

 

Assise sur ma chaise, j’écoute le professeur d’histoire avec attention, il parle sans cesse et je fais parfois semblant de l’écouter.

 

Les élèves de 4°8 travaillent au CDI du Collège Marguerite de Navarre à Pau

 

Néon :

 

Objet électrique qui émet une lumière blafarde permettant d’éclairer nos salles de cours.

 

Cours de techno. La porte est entrouverte, je rentre et me dirige vers un ordinateur éteint. Un élève qui me suit, me rejoint et appuie sur un bouton. Sur l’écran, un petit rectangle se montre avec le mot « Attention ». Le professeur arrive, appelle un agent croyant que l’ordinateur a sauté : un bon moment de fou rire.

 

Valisette :

 

Petit sac de couleur, jaune pour les quatrièmes, contenant une feuille d’appel et le cahier de textes où sont inscrits le titre des leçons et les devoirs. Créé pour que les élèves la cherchent.

C’est mon tour et à chaque cours j’entends « Où est la feuille d’appel ? » C’est parti pour une longue recherche, je sors de la salle d’histoire, j’ouvre toutes les portes des salles des heures précédentes, je rentre bredouille en cours et cinq secondes avant d’ouvrir la porte, l’alarme incendie retentit, je cherche des yeux qui est le coupable et d’un coup, comme un troupeau d’éléphants tous les élèves sortent des salles, mon professeur me prend par le bras et m’accuse de l’avoir déclenchée, j’essaie de le convaincre, rien à faire, tout le monde est heureux, pas moi, nous attendons dans la cour mais quoi au juste ?

 

Tableau :

 

Endroit où sont écrites les lignes préférées des élèves, les leçons.

 

Aujourd’hui 8 décembre, je suis en maths et comme d’habitude on écrit des calculs, des tonnes de calculs, je les résous tous avec rapidité, je suis d’ailleurs le premier à avoir fini, je regarde donc par la fenêtre, l’hiver s’installe…

 

Professeur :

 

Être humain cherchant à vous faire apprendre des choses utiles. Ou pas.

 

Ce matin, première heure : histoire-géographie. Histoire de se réveiller bien sûr ! Je suis assise à ma table. Je parle à Pauline qui m’écoute à moitié tellement absorbée par la révolution, enfin… peut-être qu’elle dort elle aussi ! Je ne sais pas… Puis me voilà victime d’un fou rire solitaire, l’enseignant entre dans une colère que je ne saurais définir, une colère phénoménale, démoniaque, éclatante, monstrueuse, bref ! de quoi me donner la chair de poule.

 

L’ensemble des textes de cet atelier est également disponible sur le site de création littéraire et ateliers d’écriture lancé par François Bon : Ouvrez.

 

Durant cet atelier j’ai abordé avec les élèves l’importance de la mise en page et leur ai fait découvrir l’intérêt de mettre leurs travaux en ligne via Calaméo dont ils ont appris à se servir. Voici trois de leurs travaux d’écriture, le premier sur la salle des casiers, le second sur la course des élèves vers la sortie, le dernier étant un choix de titres pour le film que nous avons réalisé ensemble, organisé sous forme de poèmes : Je me souviens du bâtiment B.



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