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LIMINAIRE
Habiter un monde qui change, une œuvre collective autour de la ville de demain


Comment imaginez-vous le monde qui change ? Le Monde propose dans le cadre du Monde Festival une série d’ateliers pour explorer la thématique Changer le Monde sous l’angle de l’architecture, du design et de la littérature.

Pendant les deux jours, à l’invitation de Marina Wainer, artiste numérique, et Marie-Hélène Fabre, architecte et urbaniste, une équipe constituée de jeunes professionnels sera présente, tandis que des architectes, designers et artistes viendront tour à tour prendre part à la réflexion d’ensemble, mais aussi fabriquer et échanger avec le public. Pour la clôture du Festival (18h - 19h le 27 septembre), une présentation finale restituera le travail réalisé. L’ensemble de ces maquettes et différents éléments (dessins, collages, création sonore) sera également rassemblé pour créer une œuvre représentant la ville de demain.

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« Another Holliday Machine » 2014, réalisé par Luca Galofaro.

Dans ce cadre j’anime un atelier gratuit et ouvert à tous, le samedi 26 septembre de 14h à 17h et le dimanche 27 septembre de 14h30 à 17h30. Objectif : utiliser le réseau social à des fins de création littéraire.

« L’écriture par Twitter relève d’un détournement d’une technologie au profit d’un désir d’écriture, écrit Alexandre Gefen : celui de produire une théorie d’états d’âme une météorologie de l’humeur du lieu, un flux atomistique d’autant plus transitoire qu’il accepte de dissoudre sa propre voix dans le bruit immense de la présence textuelle numérique d’autrui. Cette discontinuité, qui interdit de constituer le texte en une nappe unifiée dont la lecture serait prévisible et maîtrisable, produit des fragments qui s’exposent et se détachent poétiquement de la temporalité énonciative globale, de la timeline sociale pour acquérir une portée expressive. »

Twitter est un livre. Sur Twitter on est à la fois le lecteur du livre (les personnes qu’on y suit, dont on lit les textes) et l’auteur de ce livre (le choix des personnes qu’on y suit, dont on lit les textes, détermine le texte qui s’écrit.

Chaque personne est un personnage. À mesure qu’on le suit, l’histoire qu’il raconte entre en interaction avec les autres personnages que l’on suit (et ceux que l’on ne suit pas) prend forme, avance, se construit progressivement.

Une histoire de trajectoire, de trajets individuels, chacun part de chez lui, les trajectoires vont se croiser, se nouer, se dénouer. Sauf que non, les trajectoires partent de plus loin, et elles sont aveugles. Tous parlent, bien sûr, ils tiennent tous leur rôle, ce ne sont pas des rôles, ce sont des vies, mais tous ne sont pas les narrateurs de ce texte. Un texte à plusieurs voix qui se relayent, inégalement, sans autre ordre que la nécessité du récit, la force d’inertie du récit, lancé comme le destin qui échappe à chacun.

Cet atelier vous propose d’utiliser le réseau social à des fins de création littéraire. À la question comment imaginez-vous le monde qui change ? nous essaierons de répondre collectivement, en partant à la découverte de la ville à livre ouvert.

Peut-on marcher en ville comme entre les pages d’un livre ?

Qu’est-ce que le web change à notre manière de lire et d’écrire la ville ?

Si vous êtes ici où êtes-vous lorsque vous êtes ailleurs ?

Raconter la ville sous tous les angles et avec tous les tons et les sons possibles, dans une tentative d’épuisement du lieu, en composant un texte polyphonique à la forme éclatée.

Ce que l’on voit, ce que l’on perçoit en marchant, dans ce mouvement ambulatoire, cette déambulation parole errante, dire le flot des passants, les mots courant sous le flux des images, la ville défile sous nos yeux par à-coups, brusques déplacements en fragments décousus, dans ce décor citadin si discontinu, petits bouts par petits bouts, c’est un détail, à partir de là une suite d’émotions, d’échos fugitifs, et de corps fuyants, une partie seulement, déjà un peu plus loin. On avance. Et dans cette avancée, ce que l’on sait d’avance, saisis d’office, dans un même temps, toujours un peu difficile de savoir ce que l’on ressent au juste, au fond, à l’intérieur tout va plus vite, pensées et situations parallèles, travelling avant et flash-back, silence on tourne, et toujours ce qui me regarde en paysages simultanés. On avance, on avance, c’est une évidence.

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Place de la Bastille, Paris 12e

L’atelier prendra la forme de deux sessions de trois heures auxquelles il sera également possible de participer à distance en suivant les consignes d’écriture ci-dessous :



Version à imprimer à télécharger en ligne.



Mixage des lectures des participants à l’atelier du 26/09 et du 27/09 avec des photographies de cette tentative d’épuisement de la Place de la Bastille.





Pistes d’écriture :

En octobre 1974, Georges Perec s’est installé pendant trois jours consécutifs place Saint-Sulpice à Paris. À différents moments de la journée, il a noté ce qu’il voyait, les événements ordinaires de la rue, les gens, véhicules, animaux, nuages et le passage du temps. Des listes. Les faits insignifiants de la vie quotidienne. Rien, ou presque rien. Mais un regard, une perception humaine, unique, vibrante, impressionniste, variable, comme celle de Monet devant la cathédrale de Rouen.

Pour décrire la ville, je vous propose de suivre l’exemple de Perec, dans son livre Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, en vous asseyant à la terrasse d’un café.Pour les participants à l’atelier, ce sera autour de la place de la Bastille, pour ceux qui souhaitent participer en ligne, dans votre ville, votre quartier.

Si vous choisissez de rester un moment assis, dans un café pour décrire l’activité urbaine, je vous suggère d’y entremêler une autre proposition d’écriture, pour que l’exercice à la Perec ne soit pas trop répétitif, exhaustif, en achetant un journal avant d’entrer dans le café, et de le lire rapidement en reprenant certaines phrases des articles publiés (ceux qui n’ont pas de journal, chez eux peuvent se connecter sur Internet pour la faire directement en ligne sur le site des journaux), pour en effacer les référents historiques, géographiques, et patronymiques, comme l’a fait Édouard Levé, dans son livre Journal, paru chez P.O.L., en 2004. Mettez l’ensemble au présent de l’indicatif. Réécrivez certains passages et supprimez-en d’autres afin de blanchir cette écriture déjà anonyme et collective.

Pour décrire la ville, vous pouvez également procéder en l’abordant en mouvement. Deux approches, que vous pouvez cumuler bien entendu, pour aller dans cette direction :

Dans le mouvement déambulatoire de la marche, essayez de décrire ce que l’on voit, ce que l’on perçoit, le flot des passants, la foule des mots courant sous le flux des images, la ville défilant sous nos yeux par à-coups, brusques déplacements en fragments décousus, dans ce décor discontinu, une suite d’émotions, d’échos fugitifs, et de corps fuyants. Et dans cette avancée, ce que l’on sait d’avance, saisis d’office, dans un même temps ce que l’on ressent, pensées et situations parallèles, ce qui me regarde en paysages simultanés. Pour cela nous nous inspirerons de l’exemple du texte de Guillaume Fayard, Sombre les détails, Le Quartanier, 2005.

Vous pouvez également choisir d’entrelacer, dans une forme hybride d’écriture, comme l’a fait Thomas Clerc dans son livre Paris, musée du XXIe siècle : Le Dixième arrondissement, paru chez Gallimard, en 2007, l’étude objective, documentée, et les considérations personnelles ou autobiographiques (ces dernières n’étant nullement inscrites en marge de l’étude mais dans son déroulement même), pour décrire un quartier, une ville, en adoptant l’ordre arbitraire mais incontestable de l’alphabet. Il faut en effet renouveler les modes d’approches et de perception de la ville en s’offrant à la flânerie et à une lecture vagabonde, discontinue plus que linéaire.

Au fil de ces parcours dans la ville, je vous invite à faire quelques pauses pour établir une liste d’aphorismes entre slogan politique et maxime poétique, à partir de collages de textes aux provenances variées, manchettes de journaux et annonces publicitaires détournés, à la manière d’Hubert Lucot dans son livre Pour plus de liberté encore : slogans hyperlibéralistes, paru aux éditions Voix éditions, en 2000. Imaginez ces slogans comme s’ils étaient visibles sur les murs de la ville.

Pendant tout l’atelier, que ce soit avec les autres participants, ou avec les passants que vous croiserez au cours de votre parcours, adressez-vous à certains moments à eux de manière anonyme. En utilisant un leitmotiv qui agit comme à une adresse, la répétition du terme je pense à toi qui agit comme un déclic, un irrésistible élan, qui permet d’écrire à l’être que l’on côtoie sans forcément le connaître, pour aller à sa rencontre. Comme dans le texte de Frank Smith, Je pense @ toi (Ça ne prouve rien), paru aux éditions Olbia, en 2002. L’aveu devient témoignage et tendre ritournelle aux travers de phrases-souvenirs, pensées et regards furtifs. Une déclaration d’attention à la recherche de l’autre soi-même.

Enfin, dans cette même idée d’entrer en contact avec ceux qui nous entourent, qui comme nous font la ville en mouvement, auteur et lecteur de celle-ci, je vous propose d’expérimenter La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains, de Jacques Roubaud, paru chez Gallimard, en 1999 : Une scène quotidienne brève, racontée avec la plus grande précision qu’il peut tenir dans un tweet. Et puis une deuxième version de cette même phrase à laquelle on ne transforme qu’un mot, un élément infime, un détail. Pour l’occasion, nous respecterons l’une des règles de la Twittérature qui consiste à écrire un texte en seulement 140 caractères (pas un de moins, pas un de plus). Et dans un deuxième temps, aller produire ces variations chez les autres, en retweetant, en les modifiant comme suggéré ci-dessus, les tweets des autres participants.

 

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Photographie de Pierre Ménard ©Romain Champalaune pour Le Monde


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