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LIMINAIRE
Septième séance : 9 octobre 2010


Le dernier atelier d’écriture sur la ville a été chargé d’émotions, les habitués étaient tous là, et nous avons même eu le plaisir d’accueillir Laura Mullen, poète américaine venue sur les conseils de sa compatriote Jennifer K. Dick qui avait participé à l’un des ateliers itinérants.

Maryse Hache m’a offert de magnifiques fleurs de son jardin et nous avons dignement fêté cette dernière séance au Champagne, dans la joie et la bonne humeur d’une estivale après-midi d’automne.

Les textes de cette séance sont tout particulièrement réussis, sans doute arrivons-nous à ce moment de bascule de l’atelier où, si nous avions continué, nous aurions dû passer du plaisir à écrire ensemble, notant les lignes de force des textes de chacun des participants (au bout de sept ateliers les grandes lignes sont en effet tracées comme le note fort justement Piero Cohen-Hadria qui a participé à ces ateliers en s’en est fait l’écho régulièrement sur son blog Pendant le week-end) à un travail d’écriture plus intense consistant à travailler les textes créés dans un premier mouvement pour les reprendre, apprendre à les corriger, les remanier, les travailler encore et encore.

À l’issue de ces ateliers mis en place dans le cadre de ma résidence d’écrivain soutenue par le Conseil Régional d’Île-de-France à la Librairie Litote en tête, je vais mettre en forme l’ensemble des textes écrits par la trentaine de personnes qui y ont participé depuis le mois de février 2010, un recueil numérique de 300 pages que je mettrais très prochainement en ligne sur Liminaire.

Voici, en quelques lignes, la piste de travail de cet atelier :

Dans le mouvement déambulatoire de la marche, décrire ce que l’on voit, ce que l’on perçoit, le flot des passants, la foule des mots courant sous le flux des images, la ville défilant sous nos yeux par à-coups, brusques déplacements en fragments décousus, dans ce décor discontinu, une suite d’émotions, d’échos fugitifs, et de corps fuyants. Et dans cette avancée, ce que l’on sait d’avance, saisis d’office, dans un même temps ce que l’on ressent, pensées et situations parallèles, ce qui me regarde en paysages simultanés.

Guillaume Fayard, Sombre les détails, Le Quartanier, 2005.

Atelier d'écriture sur la ville au Centre d'animation Château Landon à Paris, 10<sup class="typo_exposants">e</sup>

 

 

 

 

 

 

 


Textes des participants à l’atelier d’écriture :

Piero Cohen-Hadria

403


La nuit

Ailleurs

La voiture, une 403 bleu nuit, ma mère, mon père, la nuit, ce soir il fait doux Malou Chacun sa valise, Vicki est là, chemise à carreaux son sourire

Quatre heures avant ou plus

Je ne sais plus

Quatre heures avant, Nice Côté d’Azur

Et puis Orly ce soir

La nuit chez ma grand-mère

La voiture, la 403 bleu nuit

Derrière à gauche, mes sœurs mon frère

La route je ne sais plus

Voilà le boulevard Saint Michel et puis le place des Pyramides

Saint-Germain-L’Auxerrois

Le pont le fleuve

La Seine, il y avait là

Mon père qui conduisait la nuit et ses lumières

Mes sœurs qui regardaient et moi, monté en dernier

Près de la fenêtre, Victor mon frère aîné

Ma mère devant, la main au bras de mon père

Sans doute souriait-il

Orly, juillet 60

Six mois plus tard, ou bien

Six mois plus tôt il s’en était allé,

La Seine, la rue Dauphine, la place de l’Odéon

Ma grand-mère vivait après le lion de Denfert

Sur le boulevard Jourdan à la porte d’Orléans

La rue d’Alésia, son cinéma son église et son rond point, la nuit

La 403, mon père mes sœurs, il es tard

C’est la nuit sur Paris, peut-être est-il minuit

Sur la cheminée, une panthère, noire, ma grand-mère est là, le pas de la porte de sa cuisine,

Quatorzième

A la fenêtre, la porte, le croisement, elle vit au quatrième

Tard, le soir, le premier soir en France

 

Atelier d'écriture sur la ville au Centre d'animation Château Landon à Paris, 10<sup class="typo_exposants">e</sup>

 

 

 

 

 

 

 


Joachim Séné

Au volant


Matin, sortir tard du garage

plan incliné du sol séparé du rouleau métallique par le jour vif

baisser les vitres, quelle belle journée pour un mois d’octobre

toujours ce panneau face au garage, écrit quoi dessus toujours les mêmes mots jamais lus

et toujours le risque du piéton pas vu

ébloui écrasé

et ce jour-là oui, celui-là que je ne supporte pas

jamais supporté ce type avec sa sacoche en toile qui justement passe là

toujours à fumer sous nos fenêtres le soir

à jamais trier ses poubelles

je le connais on le connaît tous accélération boum projeté

ensuite plus calme rouler comme tous les matins

(l’autre se tient le genou droit ou gauche dans le rétroviseur extérieur droit)

rouler dans la rue escortée des carrosseries des voitures

ce coupé cabriolet si bas que j’ai toujours peur de rouler dessus

rouler dessus ce matin là

mollesse de la toile du toit

bruit plastique, étonnant pour un pare-brise qui se brise

au stop, toujours le panneau « Gare Maritime » à gauche, mots immuables jamais suivis

à droite, vers l’est, plein soleil, quelle belle journée pour un mois d’octobre,

par là aucune indication, pas de signe, seuls ceux qui y partent savent

direction tout droit toujours, pour moi tout droit toujours

le portail des Lavergne, pas encore ouvert

avec leur ridicules dés surmontant les colonnes de fausse pierre

toujours les mêmes faces visibles de la rue

dés jamais tombés, toujours prêts à mais jamais

foncer dedans le voilà ouvert

les dés toujours en place

jamais ils ne tomberont, personne jamais ne saura leur valeur

c’est rageant mais tant pis

leur beau jardin pour cette belle journée du mois d’octobre

marche arrière

asters et marguerites

marche avant le jardin sous mes roues plus le même

colchiques

marche arrière tourner pour à nouveau tout droit continuer

passage piéton, femme fluorescente jaune panneau stop et

la belle ribambelle d’enfants cartable au dos

hésiter puis accélérer

il faudra passer le pare-choc au jet d’eau

quelle belle journée pour un mois d’octobre

raté, rétroviseur intérieur, tous courent et la femme hurle

tant pis, ils rapetissent en tremblant comme les arbres

fermer la vitre, trop de cris, silence

carrefour boisé rond-point

laisser passer le camion

un peuplier là bas

laisser passer la voiture

des bouleaux au milieu du rond point, pourquoi des bouleaux ?

et puis marre le scooter lui couper la route

accélérer sur la nationale

tous ces tentants platanes

bientôt ce rond-point où toujours je croise un collègue

venu comme moi

les bornes kilométriques sont rouges sur les nationales

un peu tard, par cette belle journée

les bornes sont espacées je dirais d’un bon kilomètre

du mois d’octobre

toujours se croiser là au rond-point et les politesses dues au rond point

d’herbes vertes sans massif sans fleur sans arbre

et les politesses dues au code de la route

des mottes de terre s’envolent soudain

il faut tourner sur la départementale

ce sont des perdrix

les politesses une dernière fois

les bornes kilométriques sont jaunes sur les départementales

suivre ce collègue une dernière fois le portail de l’usine

personne ne sait que c’est la dernière fois

le portail a été repeint en blanc cet été

quelle belle journée pour un mois d’octobre

la dernière fois que je


Caroline Diaz

En voiture


En voiture j’ai peur et je suis malade. Une goutte d’eau fait la course avec une autre sur le pare brise de l’AX rouge.

Nuages en mouvement. S’éloigner de l’envie de vomir.

Le ciel le même ici, là bas. Vallée de l’ Yerres, arbres touffus penchés dessus.

Route vallonnée, transformée.

Airbus en approche d’atterrissage.

Zone d’Activité Commerciale.

Ma mère qui enclenche l’allume cigare.

But. Saint-Maclou. Cuir Center.

On peut mettre de la musique ?

Villeneuve le Roi derrière. Pompadour devant.

Direction Versailles à gauche. A droite, autoroute A4. Marne La vallée.

Il pleut, j’aime le bruit des flaques.

Ma mère allume une Stuyvesant rouge. Les muscles de mon visage se crispent.

Lettres blanches sur fond bleu. Saint Maurice. Charenton. Carosses métallisés tout autour flottent. Porte de Bercy.

Ma nausée relancée.

Barbara emplit ma tête, lutte contre la parole de ma mère. Il pleut sur Nantes. Paris enfin. Fin du calvaire imminente.

Auto école, restaurant, la poste, vitrines grillagées, c’est dimanche.

Il pleut beaucoup dans les chansons de Barbara.

Avenue Daumesnil, Ledru Rollin, Voltaire, Léon Blum, bus 46 sous la pluie devant, Parmentier et immeubles Haussmaniens.

Chaque feu rouge relance la vague qui soulève mon estomac. Mie de pain fondante qui lutte contre la vague.

Les immeubles prennent enfin de la hauteur. Grappes d’hommes autour des bancs publics.

Je me concentre sur les nuques grises de mes parents, battement de paupière.

La brique rouge enfin. La place large et ronde du colonel Fabien dont il va falloir encore faire le tour. Bulle blanche, chez Fabien, métro aérien.

Trouver une place, la quête du dimanche à Paris, d’un dimanche chez ma tante. Et mon oncle va trouver "qu’elle a mauvaise mine la petite".


Sybille Chevreuse

Souvenirs sortis du métro


File de taxis. La gare de l’Est s’éloigne dans mon dos. Boutiques accolées qui défilent. Coiffures afro, noires, tresses. Cambrure des femmes africaines. Groupes de personnes, conversations. Fédération Française des Artistes Prestidigitateurs rue du Faubourg St-Martin. De nouveau une succession de boutiques serrées. Absence d’espace. Un passant qui s’engage puis se ravise, prudent. Les panneaux défilent puis disparaissent. Éclipse d’images. Impressions photographiques de la ville. Une colonne Meurisse, théâtre de la ville, pas le temps de lire le titre de la pièce. Panneau indiquant Châtelet. Tunnel. Descente rapide, virage. Raie de lumière qui forme une ligne ininterrompue. Un trait jaune. Le bruit de la lumière est presque audible. Remontée soudaine, échappée vers la Seine. Ouverture. Traversée du pont qui conduit à l’autre rive à la fois douce et chaotique sur les pavés. Roulement. Surgissement d’un élément naturel : l’eau, enfin, verte en contrebas. À droite le musée d’Orsay. Belvédères encore éclairés diffusent une lumière fade. Bourgeoises et majestueuses rives de la Seine. Intemporalité. Le temps a eu ici peu de prise. Les siècles défilent.

Arrêt au feu rouge. Motos à droite, voitures à gauche. Cernée. Chevelure blonde dépasse du casque. Lui, veste en cuir, elle est juchée à l’arrière de la moto. Attente. Il se retourne pour lui parler. Elle hoche la tête. Échange inaudible. Son talon de plusieurs centimètres dépasse de la pédale. Feu passe au vert. Léger mouvement arrière avant d’être propulsée vers l’avant. Vrombissements alentours. Sensation de course contre la montre. Tous dans la même direction.

Ralentissement dans le virage. Touristes clairsemés sur le trottoir. Carte en main et nez en l’air. À droite, les boites vert sombre des bouquinistes sont fermées. Défilé. Rue de Rennes. Antiquaires. Impression d’une ville qui s’embourgeoise. Quartier chic, ambiance feutrée de l’appartement dans lequel je plonge mon regard indiscret ; 1er étage. Plafonnier en cristal gigantesque. Autre classe, autres mœurs. Virage. La tour Montparnasse apparaît. Derrière la gare, le voyage. Enfin la fuite, saturation, Res-pi-ra-tion…

 

Atelier d'écriture sur la ville au Centre d'animation Château Landon à Paris, 10<sup class="typo_exposants">e</sup>

 

 

 

 

 

 

 


Nicolas Bleusher

Fonce !


On a pris par la rue Alzheimer, je crois. Passons, au ralenti, entre un vertige et la mairie. Je serre quelque chose entre mes doigts, peut-être la main de quelqu’un.

- Il va bouger, ce con ?!

Le moteur klaxonne sous le ciel. J’ai mal. Je dois avoir mal. J’ai l’œil qui penche. Je reconnais l’odeur de la Peugeot d’Alexandre. Pas sa façon de conduire. Je sens bien que je me détache. La ville s’accélère. Je suis, tour à tour, le pare-brise moucheté, la vitre sale et fermée, le rétroviseur dans lequel surgissent, défilent et s’effacent toits, balcons, fenêtres, toutes les branches des arbres.

La voiture vire à gauche, crisse à droite, hésite entre deux feux. J’entends quelqu’un crier, dans mon dos :

- Vas-y putain, fonce !

Je suppose que nous fonçons. Je me dis des choses idiotes : qu’il fait beau comme un lundi, que je ne vais pas mourir. J’ai ce goût, soudain, qui m’envahit la bouche ; ce goût noir et lent qui me bave aux coins des lèvres…


Maryse Hache

Pur … résolument pur


vert

hôtel … / soleil / hôtel … / juste après les grandes verrières la-haut

voitures voitures voitures piétons flics voitures piétons vitrines tout bouge

fragments de la vision — meilleure côté passagers — cadre pur …

…pur … résolument pur …

côté gauche barré par montant du pare-brise

se contenter du peu de vue jupes courtes jambes moches vélo déglingué accroché à …

…pur … résolument pur …

avenue d’orléans / non / du général …

la voiture peut rouler je connais la suite — mémoire complète vision

pleure pas gros bêta tu vas chez noblet

déjà dépassé l’église — mais le cerveau roule aussi — pas vu ce "pleure pas gos bêta etc. — qu’y avait-il à la place — pas de retour possible — faire avec le peu faire avec les bribes les brimborions les brindilles —tiens déjà la rue brézin salut mon père la rue daguerre salut varda monoprix une femme à vélo enfant sur le porte-bagages attend derrière le bus

je retourne la tête — pas sûre — l’ai reconnue — va sûrement passer entre le bus et le trottoir — tourne toujours la tête — ah /oui / c’est elle / le lion de belfort / un coup d’œil sur la gare du RER / la file allongée très allongée encore allongée des désirants aux catacombes / sur gauche les taxis / le panneau d’interdiction de tourner à gauche /

l’ai vu le panneau au pied du lion ? — mais voiture longe déjà le bâtiment des aveugles / l’hôpital … l’hôpital … / pas de vérif possible

voiture à l’arrêt

cloches d’un bâtiment de religieuses

la contre-allée

les vélocipédistes

le soleil dans les marronniers

…pur … résolument pur …

et ça bouge : le vert du café à port royal le voiturier de la closerie les fontaines (comment faire tenir tout ce mouvement dans les phrases) couloir de bus vélos hôtel de beauvoir déjà dépassé et les piétons et les piétons quelles couleurs quelles formes quels vêtements quelles chaussures — détails disparus — balcons rinceaux trous dans les murs vestiges de … grilles (escaladées par gérard philippe) la fontaine les photos moches sur … boulevard saint michel / dépassé les banques les boutiques de fringues (sur les grilles, moches, sur les grilles) dépassé les boutiques de fringues les boutiques de fringues les boutiques de bouffe …

pur … résolument pur …

celui qui traînait son barda sur caddy à port-royal — dépassé —zut — dépassé — j’allais à port royal

revenir / tour de la place saint michel / saint germain / tourner / monsieur le prince / tourner / luxembourg / tourner / port-royal / tourner à gauche / les nouveaux bâtiments de l’hôpital…— les allées les contre –allées — les en-allées — tourner à droite — st jacques / au pied de cochon …

se retourner — de cochon, pas possible — non — de cochin — juste le temps de tourner la tête …

pur … résolument … pur … soie de porc

rouge


Magali Joanelle

Retour de vacances


Retour de vacances, trajet obligatoire qui atténue la mélancolie du retour.

Discussion pourtant à chaque fois avec Pierre. Ce n ’est pas le trajet le plus court certes.

Mais c’est MON rituel.

Porte d’Orléans, c’est parti.

Les lumières sont allumées, la ville est là, l’air pollué. Je respire mes poumons ne se gonflent pas d’oxygène, mais d’enseignes lumineuses.

Gare d’autobus, cinéma, affiches, titres qui se superposent (le bruit des... Femmes... lLes pingouins).

Vaisselle blanche, Pier Import, Séphora, rue Daguère, Place Denfert. Le lion est là.

Boulevard Saint-Michel, Gibert, musée Cluny.

Des jeunes chantent.

Plaque d’immatriculation visible d’un peu trop près à mon goût, Pierre conduit...

Palais de justice,La Seine, la tour Eiffel, Notre Dame. Paris tu es beau.

Colonne Morris, trop lente pour voir la suite.

Carrefour Rivoli, tour Saint-Jacques, Réaumur-Sébastopol. Une autre faune, blouson noir, des jeunes.

Feu rouge, Feu vert, Feu rouge, piéton choisi ton camp Pierre conduit.

Au bout gare de l’Est, Rosace, presque la fin du trajet, couvent des récollet.

Château Landon, aqueduc, STOP, épicerie indienne, Maison.

Fin des vacances, Paris je t’aime.

 

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Anne Savelli

RN1


C’était la RN1 et je la détestais.

Des comptes à régler avec l’A1 ? Non, non, avec la RN1. Saint-Ouen Saint-Denis et puis ? Des noms comme Saint-Brice, Sarcelles, quelque chose La-Forêt. Saint-Brice-la-Forêt ? Non. Quoi la-Forêt ? Je ne sais plus.

Un pont. Passer devant le Stade de France, SDF, d’abord un trou puis on décolle, des soucoupes, le carrefour, des types en béquille, manque une jambe ou non ? pas vu, les panneaux, faire gaffe aux panneaux, pour dire, au conducteur, à droite, RN1 direction Beauvais, pas d’autoroute A1 au début, travaux de l’A1, autre chantier direction : Lille, oui, bon, époque où la brique rouge du Nord on la déteste encore, c’est vieux, ce sera la même à Beauvais et on la verra autrement, un jour, feux rouges, arrêts, litanie des panneaux de pub, le long, une casse de voitures, j’ai toujours adoré les casses, les cimetières de voitures, déjà à Aix dans l’enfance, en bord d’autoroute... et quoi ? ah, oui, on va passer devant la maison que j’aime, sur la gauche, attention, on espère le feu rouge, on est deux à guetter, simplement parce que, un poème pour cette maison, un poème pour enfant, à l’arrière il dort et, je ne peux plus conduire depuis que, peur d’un accident, peur de, voilà la maison que j’aime, la maison d’André, c’est écrit sur la boîte, jardin, banc, statue à l’abandon et son mur droit vendu à une grande surface, André vit dans le bruit, comme moi, comme nous, pire, est-ce qu’il est sourd je me pose chaque fois la question, RN1 maintenant l’hôtel, hôtel solitaire que l’on voit dans un film de Lelouch, bel hôtel qui s’effondre, rien, prendre à droite, RN1 va longer un café où CAFE est écrit en énorme, des lettres noires, j’aime, il paraît qu’ils ne sont pas aimables là-dedans, nulle part, au milieu de nulle part un marchand de pianos, une maison de maître à vendre, jamais vendue, pourtant le terrain mais, toujours ce bruit, bruit sans borne de la RN1, lieu-dit du Gros pommier je crois, enfin peut-être, puis un rond-point à l’entrée de Beauvais, un rond-point tout ce qu’il y a de plus simple, fleurs au centre etc., où je me dis un jour il faudrait tout écrire, et j’écrirai, dans le métro, c’est comme ça.

 

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Pierre Baldini

Réussite assurée


Ça y est, j’arrive au bout, lavé, peigné, rasé, des beaux habits mais pas trop. Examen final d’éducateur spécialisé, 4 années d’étude en travaillant.

Voiture bleue, cigarette, ceinture bouclée, musique à fond, lunettes de soleil (6h30 du matin, c’est suspect).

Porte qui claque, moteur en marche, Broum, Broum, confiant vers la A86.

Rendez-vous Arcueil, maison des examens.

Orly, toute vitesse, adieu limitations,tunnel sous l’aéroport,sortie vite fait, seul avec mon examen dans cette voiture, virage à droite, musique à fond, GS bleue vitres fumées.

La A86, à 86 à toute berzingue, ça freine, ça freine et...et.... et STOP, pas à pas.

Tout le monde à l’air tranquille.

Accélération, frein et sueur...

7h15, 7h30, 7h45...

Accélération, frein, sueur...

Parois de béton en les quatre s voies, en face ça roule et moi je traine.

Sueur, accélérateur, frein...

Pas de perspective d’avenir, diplôme loupé.

Accélérateur frein, drôle de rapport à la réussite. Sueur.

Tout le monde me regarde dans la voiture, sueur, il sont déjà au courant pour le diplôme.

Je me regarde dans le rétroviseur,ils me voient jaune, vert et autour de moi comme par empathie ils font comme si ils ne voyaient rien.

Accélérateur frein frein FREINE hou là là quelle chance plus de voiture, plus d’examen et tout le monde autour de moi fait comme si rien ne se passait.

Au point où j’en suis , je ferai mieux de changer de chemise à la maison, pas d’échappatoire à droite, à gauche, en bas en haut (Claude François)

Ils ne voient même pas que je sue, je rumine et la voiture colle... Ils ne me voient même pas ruminer cette herbe et tenter de balayer mes doutes avec la queue.

Frein accélérateur sueur, ils ne me voient pas cracher le feu, crispé sur le volant, le pare brise fond.

Frein, accélérateur, sueur...

ils ne me voient même pas découper le toit et m’envoler tel Icare vers la salle d’examen.

Ouvre la fenêtre, parle autour de toi.

Gros camion, Boyard maïs au bec et Marcel pour tout vêtement, haut très haut perché.

Accélère, accélère, sortie de la A86, insultes, moteur très chaud, la sueur et la peur ça se transmet.

Parking, frein à main sueur, cartable, pied droit devant le pied gauche de plus en plus vite, la voiture fume toujours.

Je cours vite, très vite.

accélérateur, accélérateur, sueur.

BONJOUR, en retard, examen dossier, la vache qui conduit en mangeant de l’herbe, le dragon qui fait fondre le pare brise, le camionneur Marcel et tout les autres.

OK, d’accord, c’est possible !!! Oral, soutenance du dossier, changer de liste.

Bon pour moi c’est OK, je change de liste, de piste de déguisement tout est possible.

Réussite assurée.


Laura Mullen

Contrecoup

Cliquets fracas bavardage

Vitrine qui bouge

Rencontres bref vite

Bonsoir au revoir

Visage bouche les regards

Chambre qui bouge

Frémissement

Trépidation a décrire

« Bien sur qu’il y’a… »

« Et je dis… »

Les chaises les banquettes… bouge

Et dehors

Fragment morceau éclat

Noir et noir gris incertain

Liseré de lumière

Sur noir

Homme qui fait propre

Un train stationné

Veste verte

Fatiguée concentrée

Nuit pour jour de travail

Lueur noir et moins

Noir chatoyant scintillant

Vitrines cadres

Chaque vide troublé

« Et il me dit et »

Voyages terminée

Train âpres trains

Attends je pense

De lit livre vide

Reflets briller poésie

Des arrêts des arrêts

Avant mon arrêt

Noms nombre gris

Noir gris les carreaux

Gris noir pierre gris

Et les Pubs Les Jours…

Et noir les vitrines

Encore encore

Les glaces

Les miroirs

Photographie et cut up sur l'atelier par Maryse Hache

 

 

 

 

 

 

Photographie et cut up réalisé à partir des textes de l’atelier par Maryse Hache à découvrir sur son blog

Atelier d’écriture sur la ville
Publié le 13 octobre 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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