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LIMINAIRE
Séance 360


Proposition d’écriture :

Élaborer un fantastique pour aujourd’hui avec les figures de la ville (parcours, surgissements, mise à nu du tragique et de ses ressorts), la profondeur infinie du monde, de la nuit (le réel nous advient comme bruit et comme image), du voyage dans l’imaginaire et le rêve. Épiphanies d’instants photographiés ou galeries secrètes du monde, visages, sons, histoire fractionnée et multiple qu’est le présent.

Anticipations, Arnaud Maïsetti, Publie.net, 2010.

Présentation du texte :

« En septembre 2008, déclare Arnaud Maïsetti en réponse à Alexis Jaillet d’ebouquin.fr, je propose à François Bon sept fictions d’anticipations pour publie.net – textes nés de la lecture croisée de Borges, de Kafka, de Michaux. Sept textes autonomes, brefs pour la plupart, qui sont autant de propositions de lecture du présent à travers une projection, un déplacement, un léger biais de perspective. Et finalement, impression de me trouver devant un monde en construction, où chaque fiction, étanche aux autres en surface, creusait cependant des galeries souterraines qui les reliaient, jetaient plus loin d’autres possibilités de ramifications. »

« Ces Anticipations, écrit François Bon dans sa présentation de l’ouvrage, sont donc à la fois un carnet, épiphanies d’instants photographiés et ce qu’ils décalent du réel, nous permettant d’entrer dans l’énigme de nous-mêmes, ou les galeries secrètes du monde, et à la fois une inventio, où l’écriture naît de cette brièveté même (qui n’est pas liée à Internet, Michaux ou la Nathalie Sarraute des Tropismes la pratiquaient déjà). Mais c’est bien le fantastique qui est l’enjeu : expérience la plus rare pour l’écrivain, la plus haute trace quand on y accède, ou l’exercice de cheminer vers ce point où le réel bascule. »

Première publication d’Anticipations sur publie.net de 7 récits en janvier 2008. Seconde publication en janvier 2009 augmentée à 24 textes avec une nouvelle mise en page (avec photographies). Troisième publication, en mars 2010, avec 39 récits, prolonge encore le texte.

Extrait :

« Près de l’ancienne prison transformée aujourd’hui en musée, se tenait encore un pan du mur bâti en toute hâte lors de la dernière épidémie.

Sur les parois hautes de plusieurs dizaines de mètres, on pouvait encore lire les vieilles inscriptions à demi effacées de la population jadis affolée, les prières adressées au mur, au ciel ou au gouvernement, de grâce protège nous, les appels à la contrition, pardonne nos enfants, les promesses de conversion, nous ne serons plus ce que nous sommes ; on devinait aussi par endroits des insultes étranges en forme de lettres illisibles mal recouvertes par des écritures plus nettes, plus officielles.

Il y a quelque temps, au soir, certains se sont mis à roder autour du mur devenu inutile, mais qu’on a conservé en signe de reconnaissance, ex voto en lui-même, immense et collectif. Secrètement, des types ont commencé à peindre en noir des lettres, quelques mots, puis des phrases insensées en forme de prières telles qu’on les pratiquait autrefois. Que nos volontés soient faites. Mais sans objet désormais, dépouillées de leurs dévotes intentions, ces phrases devenaient autonomes, et détachées de tout contexte, incompréhensibles —élaborant entre elles un mystérieux code dont la clé nous échappait, heureuses les pierres : le royaume des ruines est à eux.

On ne savait pas au juste qui écrivait cela, si c’était un homme seul, ou s’ils étaient plusieurs, s’ils se concertaient ou non. Nous signons les yeux fermés. Chaque jour, de nouvelles inscriptions apparaissaient, que l’aube ne cesse pas, se répondaient, et que le jour s’achève sur elle, sans que personne ne sache de quoi il en retourne, les murs ont vos oreilles et ces oreilles ont nos bouches.

Des phrases vides de sens, mais qui commençaient, tous le pressentaient, une histoire inquiétante et sauvage, ce qui débute n’aura pas lieu en dehors de vous. On craignait peu à peu ce qu’on lirait le lendemain. Mais n’aura pas d’autre époque que celle qui vous enterrera. Tout cela prit de l’ampleur, certaines phrases troublèrent davantage, nous sommes trop jeunes pour vos souvenirs, puis, en palimpsestes, les inscriptions ont commencé par détourner les anciennes — incluant certains mots, transformant leur sens, demain encore hier.

Décision fut prise d’abattre le mur. La veille de sa démolition, sur plusieurs mètres, une phrase peinte en noir, les murs meurent le ventre ouvert.

Le lendemain, la maladie était de nouveau entrée dans la ville. »

Anticipations, Arnaud Maïsetti, Publie.net, 2010.

Auteur :

Arnaud Maïsetti est né en 1983 à Speyer (Allemagne). Doctorant à l’Université Paris-VII, il fait actuellement une thèse sur la question du récit dans l’œuvre de Bernard-Marie Koltès. Auteur, il a écrit « Où que je sois encore... (Seuil, "Déplacements" ; 2008) et La Mancha (sur des photogrammes de Jérémy Liron), (La Nuit Mytride ; 2009)

Il a écrit deux textes pour publie.net — « Seul comme on ne peut pas le dire », Koltès (essai ; 2008) et Anticipations (récits ; 2009).

Depuis juillet 2009, il y co-dirige avec Jérémy Liron la collection arts et portfolio.

Présent sur internet depuis 2006, il tient ses carnets en ligne depuis janvier 2009.

Liens :

Les Carnets d’Arnaud Maïsetti

Critique du texte sur le site Pages à Pages de Christine Jeanney

Portrait et interview d’Arnaud Maïsetti sur le site ebouquin.fr

Entretien de Constance Krebs avec Arnaud Maïsetti

Arnaud Maïsetti : Anticipations
Publié le 24 septembre 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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