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LIMINAIRE
Séance 103



Proposition d’écriture :

Un paysage qui nous est familier, que l’on observe tranquillement depuis chez soi, un jardin, une cour, une place. Parvenir à l’expression la plus brève et la plus tendue pour décrire cet endroit, ce qui passe entre le dehors et ce qui nous est intérieur. Non pas l’état premier de la sensation, mais l’aboutissement de notre expérience au réel.

Entre, Antoine Emaz, Deyrolle éditeur, 1999.

Présentation du texte :

Avec Entre, Antoine Emaz cherche à « prendre le flux, le mouvement d’un soir, et descendre son courant lent. » Il y suit la transformation d’un jardin au cours d’une année. La disparition des choses sous la neige par exemple ou dans la nuit laisse démuni, perdu devant un monde vide : « on ne retient pas - on se maintient seulement dans le silence ouvert d’une nuit sans saisir ce qui vient et s’efface entre les doigts - terre et mots passent glissent lents passent reforment d’autres figures et ce peuvent être des morts des nuages ou d’anciens arbres qui se succèdent. »

Le poème devient un acte de résistance. Ecrire, pour Antoine Emaz, c’est se révolter contre l’inacceptable, c’est repousser l’enlisement dans la matière et dans l’oubli par la création du poème comme forme.

L’écriture d’Antoine Emaz est d’une de l’extrême concision, à la fois saillante et rase, comme coupé au couteau.Quelques mots brefs, des mots simples, voir redits, répétés, ressassés dans l’incertitude, douloureusement arrachés au flux du langage.

Extraits :

« On cherche et tâche de prendre à la main ce qui passe. Pas facile, c’est là et non, dans la main et pas. Assez vite, ce n’est plus ce qui a lieu mais dans leur bruit, des mots.

Pourtant, insistante dehors, cette longue poursuite criante d’oiseaux.

Bruits de couverts, par ailleurs. Voiture de police, assez loin. « Vous voulez de la sauce ? », d’une voix haut perchée. La réponse bourdonne, et à nouveau le bruit des couverts, presque du silence.

Plus tard, de moins en moins à suivre. restent les hirondelles fouillant le ciel, et la chaleur emmagasinée des pierres sous les pieds nus.

De l’air, un peu. La douleur occupe la cage : elle bloque toujours le haut. Rien de neuf. De plus en plus de pétales au pied du mur. Ça reste là.

Nuages qui passent, et c’est à nouveau du bleu dans le carré libre entre les maisons. »

Entre, Antoine Emaz, Deyrolle éditeur, 1999, pp.14-15.

« Le jardin encore

mais une telle franchise de la lumière

droite froide

sur un mur blanc

très peu de bruits dans les mots

avec ce jour brusque

cette fragilité

qui percute

c’est à n’en plus finir

être pris par l’éclat d’une pierre

et le soleil d’hiver

un pan blanc

est-ce encore un pan

à force de lumière

dans l’espace du heurt

le regard fouille

sans fin

Présentation de l’auteur :

Né à Paris en 1955, Antoine Emaz vit actuellement à Angers. Outre ses livres poétiques, il a publié des études littéraires et des poèmes dans de nombreuses revues.K.-O, Inventaire-Invention, 2004, lichen, lichen, Rehauts, 2003, Soirs, Tarabuste, 1999, Entre, Deyrolle, 1995 , Fond d’œil, Théodore Balmoral, 1995, Peu importe, Le Dé bleu, 1993, C’est, Deyrolle, 1992, En deçà, Fourbis, 1990. Derniers ouvrages : Jours - Tage, édition bilingue français-allemand, éd. En forêt / Verlag Im Wald, 2009. Plaie, éd. Tarabuste, 2009. Cambouis, Seuil, collection Déplacement, 2009 Peau, Tarabuste, 2008. Caisse claire, Poèmes 1990-1997, Seuil, 2006. De l’air, Le Dé bleu, 2006.

Liens :

Article d’Emmanuel Laugier dans la revue « Le Matricule des Anges »

Antoine Emaz sur remue.net

Extrait de « Ras » lu par l’auteur sur le site du « printemps des poètes »

La page Antoine Emaz sur le site Lieux-dits

Un texte d’Antoine Emaz sur le site de Jean-Michel Maulpoix

1 commentaire
  • Antoine Emaz : Entre 24 septembre 2010 12:10, par Sandrine.

    Lumière qui croise chance sur le coeur, bouture de l’odeur sapine comme feulement à la hauteur des gorges vertes en suspend, une parole. Du vert à l’envers du bleu sous la grappe du cynorhodon rouge qui pulse, dans la bouche la pomme pleine à la branche. Silence de l’oiseau qui danse l’espace fugace et comme après la terre mouillée, je n’en saurais rien. Chose d’eau qui ligne la vitre, une veine qui rougie la main, effleurer ce gris sourd nu, présent à l’humide lumière la grappe des pinèdes, respire le rouge bleu de la verticale des branches du coeur.

    Merci à vous, ce que vous nous donner a partager est d’une grande richesse. Je découvre beaucoup de choses ! Bonne journée. Sandrine.

Antoine Emaz : Entre
Publié le 21 octobre 2005
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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