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LIMINAIRE
Séance 94



Proposition d’écriture :

Ecrire face au monde, c’est témoigner, comme le dit Blanchot de Celan, que l’on est à côté de quelque chose d’absent dont on doit témoigner malgré tout. Une présence au monde, au plus près de la terre et du poids des éléments. Nommer les choses par leur nom et leur espace (un espace réduit à peu d’éléments (feu, air, vent, terre, mer, bois), à quelques objets (lampe, table, charrette, lit)), choses qui sont loin d’être figées dans l’immobilité paisible ou solennelle d’une nature morte, mais presque toujours soumises à des déplacements, animées de mouvements plus ou moins violents. Se contraindre à traduire par brefs éclats, fragments, leur appréhension immédiate, pour en restituer l’attention, la dignité et cette part de silence essentiel que les discours ont avili.

l’ajour, André Du Bouchet, Éditions Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1998.

Présentation du texte :

« Ainsi, écrit Emmanuel Laugier, afin de soulever les barrières et les a priori, entrer dans l’oeuvre d’André du Bouchet revient à faire l’expérience d’une marche : en haute montagne sentir l’air se raréfier, s’étouffer, sentir l’irrespirable, ou la chaleur accablante du bitume en pleine ville, la chaleur écrasante, le feu de la route, la sourde opacité du monde. Ce à quoi il nous arrache aussi. Ainsi, écrire face au monde, c’est témoigner, comme le dit Blanchot de Celan, que l’on est à côté de quelque chose d’absent dont on doit témoigner malgré tout. Cela peut paraître tout à fait contradictoire, mais c’est ce qui, bien entendu, permet aussi à Alice de passer de l’autre côté du miroir. Rien, donc, dans cette poésie, qui ne veuille éluder la complexité de notre rapport au monde. Rien que l’on ne puisse soustraire à l’expérience d’une langue qui a décidé, dans son exigence, de porter le moteur blanc du réel en elle, comme pour répéter autant de fois son propre échec. »

Il convoque constamment dans ses poèmes les éléments naturels comme la terre et l’air. Sa poésie est faite de fulgurance, d’éclats et de blancs, elle traduit un sentiment tragique de l’existence tout en cherchant à atteindre une forme d’absolu.

Extraits :

... Demeurée, plus haut, comme un surcroît de l’air -

parole de ce qui emporte, sans que sur le papier ses

alignements fassent chemin... Et, sitôt à jour,

prononçant - sur un silence, la disparition de qui parle

( le temps pour sa part continuant de jouer...


( sur sa disparition même, toutes les fois qu’elle est dite,

cette parole..."


( homme... enfant... rien...

( un enfant va à l’homme dans l’air...

l’ajour, André Du Bouchet, Éditions Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1998, p.65.

Toiture de la tête

qui

déchiffrera

et jusqu’au froid


le froid

des étoiles.


l’ajour, André Du Bouchet, Éditions Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1998, p.125.

Présentation de l’auteur :

André du Bouchet, poète, est né le 7 mai 1924 à Paris. Il est mort le 19 avril 2001, à Truinas (Drôme). Il est l’un des précurseurs de ce qu’on a appellé la « poésie blanche ». (Il publie en 1956 un recueil intitulé Le Moteur blanc). Il a fondé, notamment avec Yves Bonnefoy et Jacques Dupin, la revue L’Ephémère. Il a aussi été critique d’art et traducteur.

Liens :

Dossier très complet sur l’oeuvre d’André Du Bouchet

Un article d’Emmanuel Laugier sur « L’ajour » paru dans « Le Matricule des Anges »

André Du Bouchet : l’ajour
Publié le 19 août 2005
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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