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LIMINAIRE
Séance 179



Proposition d’écriture :

La puissance vitale de la danse, dans le rythme partagé par d’autres.

Dancing, Alain Veinstein, Seuil, 2006.

Présentation du texte :

Un homme fuit dans la nuit sur sa moto, il fuit sa solitude à travers le chaos des banlieues en ébullition, à la recherche d’un dancing aperçu une nuit précédente. Le trajet en moto est long, la moto roule vite, l’homme conduit comme un casse-cou, en écoutant Luis Mariano, en écoutant ses souvenirs, en évitant les pièges des décombres calcinés.

« Mon programme tient en peu de mots : faire la fête, danser jusqu’à l’aube, m’abandonner à la fantaisie du désir et, surtout, ne plus jamais courber le dos. (…) J’ai l’intention d’aller au bout d’une nuit blanche, dans une base avancée de l’inconnu. (…) J’opte avant tout pour la danse, j’opte pour la joie, pour la fête de la vie. Maintenant que tout semble s’écrouler autour de moi, je ressens un désir d’amour inattendu ».

Il sort finalement des enchevêtrements d’un itinéraire plus qu’incertain, labyrinthique, et atteint enfin un dancing. Peut-être pas le dancing qu’il cherchait, lieu de tous les désirs, mais peu lui importe désormais, il décide d’y pénétrer à corps perdu. La nuit est longue, colorée, violente, bruyante, mystérieuse, étrange, parfois sordide, à l’Eldorado. Là, au milieu des autres, son corps découvre enfin la joie dans la danse, la force vitale du mouvement, du partage, et des rythmes, la chaleur de la musique et des caresses.

Extrait :

« Il y a de la douceur (voilà, douceur, c’est le mot que je cherchais) dans la violence de Lucia, par exemple quand elle veut me laisser croire que je ne me débrouille pas si mal ou qu’elle n’adresse qu’à moi le balancement de ses hanches. J’ai des progrès à faire, je le sais, il me suffit d’observer les autres qui paraissent cogner l’espace avec un énergie rageuse avant de s’esquiver en faisant preuve d’une souplesse toute féline. Mains posées sur les épaules, bras lancés, jambes pliées : le rythme est fait de cassures et d’accélérations. Ce qui est beau, c’est cette énergie qui circule, cet élan endiablé vers la plénitude, aussi éphémère soit-elle. Certains sont tentés par l’audace de la virtuosité. D’autres bougent comme au ralenti, vont jusqu’à se contenter de déplacer le poids de leur corps d’une hanche à l’autre. Mais moi qui ai passé une bonne partie de la nuit à lutter contre les fantômes du passé, je n’ai plus la force d’exacerber le mouvement d’une violence d’étreinte. »

Dancing, Alain Veinstein, Seuil, 2006, p.265.

Présentation de l’auteur :

Né à Cannes en 1942. Poète et écrivain, titulaire du prix Mallarmé. Homme de radio, Alain Veinstein est entré en littérature par la poésie. Il est l’auteur de nombreux recueils, dont Tout se passe comme si qui lui a valu le prix Mallarmé. En 2003, l’ensemble de son oeuvre a été récompensé par le grand prix de poésie de l’Académie française. Puis viendront des romans dont l’Acordeur et La participation. Outre ses activités de rédaction il est aussi éditeur : il dirige les éditions Seghers, avant de créer et de prendre la tête des éditions Melville. Enfin, depuis 1978, Alain Veinstein est la voix de la nuit sur France Culture, avec les Nuits Magnétiques puis Du jour au lendemain. Il produit aussi Surpris par la nuit.

Liens :

Critique du roman d’Alain Veinstein sur le site de la revue Encres Vagabondes

La page de l’émission « Du jour au lendemain » sur le site de France Culture

La page de l’émission « Surpris par la nuit » sur le site de France Culture

Alain Veinstein : Dancing
Publié le 6 avril 2007
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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