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LIMINAIRE
Séance 230



Proposition d’écriture :

Rendre étrangère notre propre langue par des ruptures de rythmes, des changements de vitesses, variations de tons et de sons. Opérer dans la marge, à la limite du langage, jusqu’à la rupture, l’incompréhensible. En faisant résonner des pulsations sonores ductiles, passant des uns aux autres par assonances bègues, condensations borgnes, agglutinations approximatives, proposant une réduction des éléments phonématiques, syntagmatiques et prosodiques à un jeu de pulsions, ce qui suppose une certaine "danse du vide".



J’logo dans l’lego des mots, Alain Robinet, Collection Levée d’encre, Éditions L’Harmattan, 2007.

Présentation du texte :

« Alain Robinet, peintre, poète, inventeur de mots. Quelle langue peut bien parler celui qui atomise le mot, la phrase et la calligraphie ? Celle du parler vrai, tout simplement.

« D’abord je ne triche pas. Ensuite, libre au public d’admettre ou pas mes textes : c’est un autre problème ». Intransigeance et radicalisme de l’écriture ne risquent-elles pas de conduire à des prises de position extrêmes, irrémédiables, sans issues ? « Tant pis ! », rétorque Alain Robinet, qui se sait trop déterminé pour être consensuel. Il va même jusqu’à revendiquer la qualité de poète pariétal.

Traduction ? Selon sa propre expression , son art n’est pas « à double fond ». Pas de second degré, nul besoin de grille de lecture pour l’aborder. Est-ce pour autant qu’il n’y aurait rien à comprendre ? Théories ininterrompues de sons disloqués, longues litanies de mots maculés, phonèmes disjoints, syllabaires greffés sur des glissements sémantiques, accouplés à des homophonies convulsives, engrossés de paronomases compulsives, n’existeraient que pour eux-mêmes, n’auraient d’autre raison d’être que dans une jouissance sans frein à besogner le mot recyclé, à mettre la syntaxe à genoux. Rappeur avant l’heure ? Lui n’a pas de frilosité vis-à-vis du genre.

« Le radicalisme n’est pas sans danger : il conduit droit dans le mur, il peut aller jusqu’à l’assèchement », reconnaît Robinet. Il n’entend cependant pas céder un pouce de terrain, préférant prendre le risque d’un absolu isolement plutôt que se renier. Et plus le temps passe, plus ce « poète visuel et sonore », se dit gagné par la modestie. »

Préface de Didier Moulinier aux Morceaux choisis d’Alain Robinet, Éditions Les Contemporains favoris, 1993.

Extrait :

« J’déglingue, donc, dans la déclino némo des mots dynamo où

j’dis : Allô ! Hello ! ou Holos

de décliks en slash & d’mots

sachez qu’la bleue planète devient verte,

verte de peur,

devenue ventre de grenouille qui s’enfle pour...

aussi grosse que ? !

J’dégringole, donc, le lego des mots

des logos délégo,

j’diligo illico l’tobo-big-bang des mots

en bancs-poissons, en nuées-oiseaux

sur c’carré d’asphod’elle, d’Iris & d’saladelles

parmi les autres simples :

la centaurée, la panacée, la roquette, la salsapareille

ou ce brouet d’mouches cantharides,

& cette chanterelle, corde si déliée du luth

qu’elle est si aiguë

& sur cet air, j’digito diligo

ton clito illico, presto, staccato

& crescendo allegro, et go, et go

& c’est musique des sphères

d’atmposphéros furioso.

J’dégringolo l’rigolo grand guignolo :

C’t luna park, cette foire du trône

avec ses toboggans, ses manèges, ses grands 8

Etc, à l’infini des déclino des mots atomes

en rigoles du goulot en d’goulues glottes

& glou & glou ! etc

dans l’loto des lego des logo.S !

J’glotto alla Giotto O

contre-dans la cage des méridiens

dont Dédale est le grand architecte,

dans-contre la globo-lobo des logos

& dent dure donc, dans les legos des logos

& par mots & par vaux

mon combat loghorrée

&, & par mots & par vaux

jusqu’à ta raie

façon manta ou façon Chardin

donc à ta façon vulve.

Fou de rire,

J’fais l’rigolo, l’zigoto zagatto,

l’zizigomato otto-man, mec ! non l’gigolo ;

c’est rigolo ! c’est rigolo !

tant d’mots, tant d’mots, tant d’mots

en tas déclinés. »

J’logo dans l’lego des mots, Alain Robinet, Collection Levée d’encre, Éditions L’Harmattan, 2007.

Présentation de l’auteur :

Né en 1948, écrit et peint. A publié depuis 1976 dans plus d’une centaine de revues. A participé à des expositions d’Art Mail. A rédigé des compte-rendus d’expositions (Art-Press) et des textes de catalogues sur quelques peintres. S’est auto-édité. A publié 8 plaquettes et 28 ouvrages de création. Entre 1991 et 94, a réalisé des textes électro-acoustiques (Lyon), compilés en 1 c.d.. A réalisé avec M. Coste 3 vidéos-textes & 1 c.d. rom avec S. Roche (@rt data, Clermont-Fd). A organisé, en 2003-04, 5 soirées de lectures poétiques à l’Espace-TIPHAINE-Bastille PARIS (avec J.P. Bobillot, G. Cabut, Ch. Manon, A. Dufeu, J.L. Lavrille, G. Hassoméris, J. Game, J. Sivan, V. Maestri, P. Dubost, G. Fabre, H. Lucot ...).

Liens :

Préface aux Morceaux choisis d’Alain Robinet

Interview vidéo avec Philippe Boisnard

Un poème d’Alain Robinet sur le site de Pierre Le Pillouër Sitaudis

Créations sonores d’Alain Robinet sur Radio Marelle (mp3)

Alain Robinet : J’logo dans l’lego des mots
Publié le 29 mars 2008
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
Ateliers d’écriture Langage Voix Désordre Rire Jeu






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