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LIMINAIRE
Séance 133



Proposition d’écriture :

Tenter de mettre à jour la spécificité du sexe opposé à partir de sa mécanique propre. Une accumulation de mots glanés au fil des jours qui disent le sexe, fragments du désir amoureux qui forment le texte.

La mécanique des femmes, Louis Calaferte, Gallimard, collection Folio, 1994.

Présentation du texte :

Louis Calaferte évoque, dans ce texte, les manifestations sexuelles et érotiques de la femme, sans complexe et avec une impudeur certaine. La sexualité des femmes y est traitée de façon à la fois troublante et obscène. L’accumulation des mots glanés au fil de jours qui disent le sexe. Une accumulation qui hypnotise le lecteur. L’écriture fluide de Calaferte exprime sans relâche le désir amoureux de la femme. Il essaie surtout de comprendre, d’isoler le moment où ce qui, différent de lui, lui échappe et de l’expliquer par des données tangibles : mettre des mots dessus. Une tentative d’expliquer le spécifique du sexe et du genre à partir de sa mécanique propre, chez la femme celle de son sexe tel qu’il fonctionne, qu’il ressent, qu’il désire.

Extrait :

« Chambres d’hôtels au petit matin où on n’a pas dormi, étrangement vides, silencieuses. On souhaiterait que le monde se pétrifiât pendant que, dans le lit, après les dépenses de la nuit, le petit corps en boule sous les couvertures se repose d’une demi-somnolence qui, bientôt, s’interrompra pour la séparation du jour nouveau.

Tu ne penses jamais à la mort ?

Elle tourbillonne gaiement sur elle-même.

Je suis jeune !

Je te parle sérieusement. Tu ne penses jamais à la mort ?

Sa main, qu’elle applique à la jointure de ses cuisses, la robe creusée.

Je pense à ça. C’est pareil.

Une expression de mépris.

Tu veux de ma petite mort ?

Le corps en arrière, elle tend son sexe.

Et avec elle, on meurt plusieurs fois. Tu veux essayer ? Je suis une bonne petite mort salope.

Je te demande si tu ne penses jamais à la mort ?

En fureur, le regard dur.

Tu m’emmerdes avec ta mort ! Moi, je baise, et tant que je baise, la mort, je m’en fous !

Rageusement jetée dans un fauteuil.

Ta mort, tu peux te branler avec !

M’approchant d’elle.

Ne me touche pas.

Elle enfouit sa tête dans ses bras repliés.

Je ne veux pas qu’on me parle de mort !

La voix aiguë.

Je suis vivante, moi, vivante !

J’allume une cigarette.

Qu’est-ce qui te fait si peur ?

Dressée comme sous l’effet d’une décharge électrique.

Le Diable, si tu veux le savoir ! Satan ! Lucifer ! Le Diable !

En larmes, elle rit follement. »

La mécanique des femmes, Louis Calaferte, Gallimard, collection Folio, 1994.

Présentation de l’auteur :

Louis Calaferte est né le 14 juillet 1928. Il publie son premier livre Requiem des innocents en 1952, puis l’année suivante, Partage des vivants. Il consacre alors quatre ans à la rédaction de Septentrion, fresque autobiographique. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, récits, nouvelles, poésie, théâtre, carnet, essais. Il est mort le 2 mai 1994.

Liens :

Un article sur Louis Calaferte paru dans « Le Matricule de Anges »

Présentation de Louis Calaferte sur Wikipédia

Fonds Louis Calaferte sur le site de Bibliothèque de Lyon

L’album des écrivains de Libération : Louis Calaferte en 1982

Louis Calaferte : La mécanique des femmes
Publié le 19 mai 2005
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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