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LIMINAIRE
Séance 2


Proposition d’écriture :

Tenter de se remémorer un souvenir d’été, souvenir d’enfance, mais ne pas le raconter ou le décrire, essayer plutôt de le cerner par le biais de phrases courtes, incisives, sèches, sans utiliser de ponctuation, avec le moins de verbe possible et en évitant de parler de soi, pour privilégier les sensations physiques qu’on garde en mémoire, leurs traces indélébiles.

Les journées immobiles, Jean-Luc Sarré, Flammarion, 1990.

Présentation du texte :

C’est un livre de saison. C’est un livre de poésie déjà ancien, publié en 1990 par les éditions Flammarion, mais c’est surtout un livre hors du temps. Des textes courts sur le lent travail des jours et des heures : les heures chaudes de l’été, l’ombre bleue sur le sol, le soleil aveuglant, la touffeur du jour « la route vers la mer est longtemps jaune et grise elle va dans l’air chaud et les vapeurs d’essence c’est la route des insectes et des peurs infimes celle aussi d’une joie étrange », la canicule, le linge qui sèche au vent, le jour qui n’en finit pas, le bruit d’une chaise qu’on glisse sur le sol, l’odeur de l’air « herbe le noir et l’odeur de sentier », la forme effilée des nuages, la profondeur de champ, la lumière estivale, « le ciel est blanc le ciel se tait nulle part c’est là que tout le jour on ne cesse d’aller ».

Une poésie de ce qui affleure. De ce que l’on voit à peine, ce que l’on sent, ce que l’on tait. On pense à la poésie de Gérard Noiret pour la simplicité des mots et des émotions, leur évidente beauté et leur durée en nous qui se prolongent bien après lecture.

Extrait :

ENFANCE

« la route vers la mer

est longtemps jaune et grise

elle va dans l’air chaud

et les vapeurs d’essence

c’est la route des insectes

et des peurs infimes celle

aussi d’une joie étrange

malmenée jusqu’à ce qu’on aperçoive

enfin entre les branches les barques

la rade endimanchée »

Les journées immobiles, Jean-Luc Sarré, Flammarion, 1990, p.47.

Auteur :

Jean-Luc Sarré est né à Oran (Algérie) en 1944. Il vit à Marseille. Il a collaboré à diverses revues et publié plusieurs livres de poèmes parmi lesquels « Extérieur blanc » (1983), « La Chambre » (1986) aux éditions Flammarion. Ces derniers ouvrages publiés sont : « Affleurements », Flammarion (2000), « Bardane », Farrago (2001) et « Poèmes costumés » également chez Farrago (2003).

Liens :

Pierre Perrrin présente le dernier recueil de Jean-Luc Sarré publié chez Flammarion : « Affleurements »

Estelle Rousseau lit la page 48 du recueil de Jean-Luc Sarré publié chez Flammarion : « Affleurements »

Présentation de Jean-Luc Sarré sur le site de Poeziabo

7 commentaires
  • Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles 6 juillet 2010 17:03, par Pierre Ménard


    Plaine immobile

    Voile de brume

    Terre ocre

    Sillons verts

    Mouettes

    Corbeaux.

    Boqueteaux

    Rouge

    Jaune Beige

    Peupliers

    Château d’eau

    Vasque

    Clocher

    Aiguille

    Maisons

    Toits noirs

    Façades blanches

    Ciel bleu Soleil Lumière claire

    Silence

    Ronronnement d’un avion

    Au loin sur la gauche

    Une route

    Voitures silencieuses

    Progressent

    Disparaissent

    Déclivité du terrain

    Sur la droite

    Roulements de voitures

    Route invisible

    Echapée entre les boqueteaux

    Pylônes électriques

    Paysage flou

    Horizon bleuté

    Son d’une sirène

    Midi

    Tellement mienne la plaine

    Et pourtant chaque fois

    Regard si neuf

    Là-bas

    Terre et Ciel

    Se confondent

    Le Paradis

    Est là-bas

    Présent au regard

    Fuyant devant les pas

    Dans le brouillard

    de novembre

    Croassements de

    corbeaux

    Fins sillons verts

    Promesse

    GERARD DOUCE

    Voir en ligne : Plénitude

  • Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles 6 juillet 2010 17:07, par Pierre Ménard


    Marche

    Petit matin, soleil rosissant

    Rue droite

    Maigrichonne pinède

    Sable blond

    Berceuse du vent

    Envolée de poussière dorée

    Tourbillons aveuglés

    Maisons muette blanches roses ocrées

    Grenadiers ombreux

    Palmes épanouies troussées au rythme des souffles

    Reflets d’argent

    Oranges feuillage vert sombre fruits d’or

    Abois des chiens derrière les grilles

    Bougainvilliers débordant aux ardeurs d’incendie

    Herbes roussies craquantes des jardins délaissés.

    Le soleil s’élève

    Chaleur, bouffées brutales et mornes

    Rue sans vie

    Roquets affalés.

    Aveugle midi zénith écrasé

    Ciel implacable de bleu violet.

    Ombre du logis

    Persiennes closes

    Eau cristalline

    Grand verre embué de fraîcheur

    Repose béat.

    ROSINE LEVY

    Voir en ligne : Marche

  • Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles 6 juillet 2010 17:32, par Pierre Ménard


    Mécanique des doigts

    Entre les feuilles sombres

    Fruit Barbe Bleue

    Criquet sauterelles araignées

    Mantes religieuses à l’ombre

    Des ronces qui griffent les jambes

    Nues sang d’un rouge qui n’a

    Rien à voir avec la couleur de la mûre

    Les tâches de couleur dansent

    Sous nos paupières closes

    Soleil et son écho coloré

    Le sol carrelé de la terrasse ce soir

    Encore tiède au contact des pieds nus

    Un thé chaud par cette chaleur...

    Au-dessus de ma tête nue

    D’ingénieux nuages épatent

    La galerie de portraits grotesques

    et changeants tête qui tourne

    Fermer les yeux

    PIERRE MENARD

    Décembre 2003

    Voir en ligne : Fermes les yeux

  • Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles 6 juillet 2010 17:43, par Pierre Ménard


    Rouge de la tête aux pieds, les pieds surtout, bottines à talons, rouges vermillon, déseéquilibre assuré, un panier lourd de victuailles. La voiture, chercher la flèche sur le parcours, la rose... d’abord des cités, surprise, où est donc la campagne, partie ? La traversée en catimini au milieu des chevaux, impression de ne pas être à sa place dans l’odeur virile du crottin. Et au détour du chemin, une longue langue de terre retournée, les autres : variation infinie de rouge sur la prairie. En se rapprochant, la tache s’individualise ...des bises. Du vin, du pain, des chips, des tomates, l’estomac se repait en paix. Les enfants courent au son d’un accordéon, jusqu’au moment de la danse des arrosoirs et celle tant attendue de la plantation des coquelicots. Doucement, à son tour, le bras découvre le geste ancestral de la fermière, l’odeur de terre que l’on mouille, à mesure qu’avancent les semailles. L’après-midi se traine, chacun mesure sa fatigue, range son bout de pain ou finit son verre de vin. Viennent les salutations, retour, même chemin : lourd de cet instant magique, toujours rouge mais cette fois de plaisir.

    ZABOU M

    Voir en ligne : Coquelicot

  • Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles 6 juillet 2010 20:55, par brigetoun

    La route qui suit une courbe vers la plage. Marcher sur le bord, la limite courbe du revêtement. Le macadam fond un peu en luisant. Ceux qui marchent avec des sandales. Ne pas le daigner. Fierté de la corne. Mais tricher un peu en frôlant l’herbe. Marche élastique, rebondir. La brillance de la mer vers laquelle on avance. Le bouquet de pins. Ombre et épines qui tentent de blesser. Chaque friselis de l’eau est argent brûlant. Danser sur le sable poussiéreux Pousser l’as et quand il commence à flotter monter à bord. Tenir la dérive au dessus du puits. L’enfoncer. Plaisanter avec les niots qui barbotent.

  • Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles 6 juillet 2010 22:37, par maryse hache

    équihen ou préfailles

    soleil vent sable vent frais d’été

    bleu ciel et mer blanc écume et nuage vert mer ivoire sable

    pieds nus longtemps sur le sable pieds nus sur le sable longtemps loin au bout de la plage près des rochers et de l’odeur du goémond

    au bout du sable pieds nus quart de tour face à l’océan face à l’horizon face au chant des vagues

    pieds nus sur sable mouillé plus dur pieds nus sur le mouillé pieds nus dans les petites flaques

    le bruit le chant l’horizon plus près encore plus près

    bientôt en plein dans le mille de la mer dans la fraicheur remuante dans le salé sur les lèvres

    bientôt le bond dans la mer

    pieds nus dans la course vers le bord blanc de la mer vers le bruit de la mer vers le vent salé mouillé d’embruns

    le bord plus près les pieds nus de la course plus près

    bientôt le bord dans l’infini de la mer

    la course la course

    le corps dans la course dans l’eau de la mer du bord

    la précipitation du corps dans l’infini de l’eau la morsure joyeuse du froid de l’eau

    pieds nus sans le sable pieds nus sur le sable pieds nus sans le sable pieds nus sur le sable

    dans le liquide salé vert à corps que veux-tu à soleil et vent que veux-tu à jambes que veux-tu à cris que veux-tu

    la morsure du froid de l’eau entrée du frisson

    pieds nus à nouveau sur le sable dans l’eau pieds nus hors de la mer pieds nus dos à la mer pieds nus sur le sable mouillé et les petites flaques

    pieds nus dans la course éclaboussures d’eau salée pieds nus dans la course sur sable mouillé dur pieds nus dans la course dans sable sec et tendre

    morsure sous le pied nu un coquillage peut-être

    pieds nus dans la course sur sable sec le sable entre les orteils et sur le pied

    morsure sous le pied nu un coquillage peut-être

    pieds nus dans la course stop la dune à herbes dansantes toute proche bientôt plus de sable de plage

    regarder la morsure rouge à grains elle dit « j’ai marché sur une fraise »

    il regarde la morsure installe la petite fille sur ses épaules et marche marche marche toute la longueur de sable de la plage

    la morsure du fil-de-fer-barbelé-fraise a besoin d’une piqûre anti-tétanos

    6 juillet 2010

    Voir en ligne : équihen ou préfailles

  • Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles 7 juillet 2010 11:27, par _arf_

    Fraîche et rare. Étrangers, maquillés de cuivre sur peau pâle. Déambulent paresseux. Lassitude des jours allongés et la nuit qui ne vient pas. Toits brûlants pour maisons inhabitables. Tous dehors. Corps moitié nus dans les allées, asphalte au souffre brûlant. Sous les arbres malingres, l’ombre rare, les corps baignent. Recherche d’eau, source nourricière de nos dermes tannés. Parfum du mouillé, respiration malaisée, attente moite. Délaissent le jour pour exister la nuit. Fraîche et rare

Jean-Luc Sarré : Les journées immobiles
Publié le 9 janvier 2004
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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